Alimentation pendant la radiothérapie : conseils pratiques selon la zone traitée
Rédigé par le Dr Rita Bentahila (Oncologue Radiothérapeute) — Mis à jour en juin 2026
L'alimentation pendant la radiothérapie est un pilier souvent sous-estimé du traitement. Bien manger aide à maintenir le poids, à garder de l'énergie, à favoriser la cicatrisation des tissus et à mieux supporter les effets secondaires. Les besoins varient selon la zone traitée. Cet article détaille les besoins nutritionnels, les conseils selon la zone traitée, et la gestion des effets digestifs les plus fréquents.
Pourquoi l'alimentation est essentielle pendant la radiothérapie ?
La radiothérapie demande beaucoup au corps : les tissus exposés doivent cicatriser entre chaque séance, et les cellules saines voisines des cellules tumorales doivent se renouveler. Pour cela, l'organisme a besoin de carburant — apporté par l'alimentation.
Maintenir le poids : une perte de poids non voulue (dénutrition) fragilise les défenses, ralentit la cicatrisation et peut obliger à interrompre le traitement.
Garder de l'énergie : pour les déplacements quotidiens vers le centre de radiothérapie et pour la vie familiale.
Soutenir l'immunité : les protéines, vitamines et minéraux aident à lutter contre les infections opportunistes.
Favoriser la cicatrisation : notamment des muqueuses (gorge, bouche, vessie, rectum) selon la zone traitée.
Mieux supporter les effets secondaires : nausées, fatigue, modifications du goût sont mieux gérés avec une nutrition adaptée.
Le poids est suivi à chaque consultation. Toute perte supérieure à 5 % du poids initial est un signal d'alerte qui justifie un avis nutritionnel rapide.
Conseils nutrition généraux pour tous les patients
Ces conseils s'appliquent quelle que soit la zone traitée. Ils visent à maintenir le poids et l'état général tout au long du traitement.
Fractionner les repas : 5 à 6 petites prises par jour plutôt que 3 gros repas, surtout si l'appétit est diminué.
Enrichir en protéines : œufs, poisson, viande blanche, fromage, yaourt entier, légumineuses, tofu. Viser environ 1 g à 1,5 g de protéines par kilo de poids par jour.
Hydratation : 1,5 à 2 litres d'eau par jour, à répartir entre les repas (boire pendant les repas peut couper l'appétit). Tisanes, bouillons, eau citronnée comptent aussi.
Énergie supplémentaire : ajouter une cuillère d'huile d'olive, de la crème, du fromage râpé, des amandes ou des fruits secs aux plats pour augmenter les calories sans augmenter le volume.
Fruits et légumes : au moins 5 portions par jour, sous toutes les formes (frais, cuits, en soupe, en compote, en jus). Bien laver.
Collations à portée de main : yaourts, fruits secs, biscuits secs, fromage, smoothies maison.
Repas dans le calme : pas de télé ni de téléphone pendant le repas. Manger lentement, bien mastiquer.
Pesée hebdomadaire : une fois par semaine, à jeun, sur la même balance. Notez le résultat pour le suivi.
Si vous n'arrivez pas à manger suffisamment plusieurs jours de suite, parlez-en sans attendre : un avis avec une diététicienne ou des compléments nutritionnels oraux peuvent être proposés.
Alimentation selon la zone traitée
Chaque localisation de radiothérapie a ses propres défis nutritionnels. Voici les conseils adaptés zone par zone.
Radiothérapie ORL (gorge, bouche, larynx, nasopharynx) : c'est la zone la plus délicate. La mucite (inflammation des muqueuses) rend la déglutition douloureuse à partir de la 2e ou 3e semaine. Privilégier les aliments mous ou mixés (purées, soupes enrichies, yaourts, flans, compotes, viande hachée), tièdes (ni chaud ni froid), peu acides et peu épicés. Boire à la paille peut aider. Un suivi avec une diététicienne dès le début est précieux. Bains de bouche prescrits à respecter.
Radiothérapie du sein : peu d'impact sur la digestion. Quelques nausées légères possibles en fin de traitement. Conserver une alimentation équilibrée habituelle, surveiller le poids (l'hormonothérapie qui suit peut faire prendre du poids).
Radiothérapie de l'abdomen (estomac, pancréas, foie) : nausées et perte d'appétit fréquentes. Petits repas fréquents, aliments froids ou tièdes, éviter les graisses cuites, les épices et les odeurs fortes. Limiter le lait s'il est mal toléré. Bouillons et soupes claires bien acceptés.
Radiothérapie pelvienne (prostate, utérus, col, rectum, vessie) : diarrhées et ballonnements possibles en fin de traitement. Réduire temporairement les fibres irritantes (légumes crus, légumineuses, son, fruits avec peau), privilégier le riz blanc, les pâtes, les pommes de terre, le poisson cuit, la banane, la compote de pomme cuite. Boire abondamment pour compenser les pertes hydriques. Réintroduire les fibres progressivement après la fin du traitement.
Radiothérapie du thorax / poumon : une œsophagite (inflammation de l'œsophage) peut gêner la déglutition à mi-traitement. Aliments mous, tièdes, peu acides. Éviter les boissons gazeuses et l'alcool. Manger juste avant les médicaments anti-douleur prescrits si présents.
Radiothérapie cérébrale : peu d'effet direct sur la digestion. La fatigue marquée peut couper l'appétit : fractionner les repas, choisir des plats faciles à préparer ou à réchauffer.
Gérer les effets secondaires digestifs
Plusieurs effets secondaires peuvent perturber l'alimentation. Aucun n'est une fatalité : chaque symptôme a des solutions pratiques et des traitements simples.
Nausées et vomissements : privilégier les aliments froids ou tièdes, peu odorants (riz, pâtes, pommes de terre vapeur, compote, yaourt, biscottes). Éviter les fritures et les plats épicés. Sucer un glaçon ou une tranche de citron entre les nausées. Si elles persistent, votre médecin peut prescrire un anti-nauséeux à prendre avant les séances.
Perte d'appétit (anorexie) : manger à heures fixes même sans faim (le corps a quand même besoin de carburant). Faire de petites portions joliment présentées. Manger en bonne compagnie. Boire des collations énergétiques (smoothies enrichis, boissons hyperprotéinées prescrites).
Modifications du goût (dysgueusie) : goût métallique, fadeur, dégoût pour la viande sont fréquents (surtout en ORL + chimio). Rincer la bouche avec de l'eau bicarbonatée avant les repas, utiliser des couverts en plastique, varier les saveurs douces (citron, herbes fraîches, basilic, menthe). Tester des aliments à température ambiante. Le goût revient progressivement après le traitement.
Bouche sèche (xérostomie) : surtout en radiothérapie ORL. Boire par petites gorgées toute la journée, sucer des bonbons sans sucre, utiliser de la salive artificielle prescrite, éviter l'alcool et le tabac.
Diarrhées : surtout en radiothérapie pelvienne. Régime pauvre en fibres (riz, pâtes, banane, compote, poisson), boire beaucoup (eau, bouillons, eau de riz), éviter le lait, les fruits crus, le café. Si plus de 4 selles liquides par jour, prévenir le médecin : un traitement anti-diarrhéique peut être prescrit.
Constipation : parfois liée aux anti-douleurs ou à une réduction de l'activité. Boire suffisamment, fruits cuits, pruneaux, marche douce. En parler au médecin si plus de 3 jours sans selles.
Aliments à privilégier et aliments à éviter
Aucun aliment n'est strictement interdit, mais certains choix facilitent la tolérance du traitement.
Eau, tisanes, bouillons : en quantité suffisante toute la journée.
À limiter ou éviter :
Alcool : à éviter totalement pendant le traitement (irritant des muqueuses, hépatotoxique, interfère avec les médicaments).
Tabac : aggrave la mucite ORL, ralentit la cicatrisation, augmente le risque de récidive. L'arrêt est une priorité — un accompagnement peut être proposé.
Aliments très épicés ou très acides : surtout en radiothérapie ORL ou abdominale.
Fritures et plats très gras : difficiles à digérer, favorisent les nausées.
Charcuterie, viandes fumées, conserves très salées : à limiter au quotidien.
Compléments alimentaires non prescrits : certains antioxydants à fortes doses peuvent interférer avec la radiothérapie. Demander l'avis du médecin avant tout achat.
Concernant les régimes « anti-cancer » à la mode (cétogène, jeûne intermittent, etc.) : aucun n'a démontré de bénéfice prouvé pendant la radiothérapie, et certains peuvent aggraver la dénutrition. Ne jamais en commencer un sans en parler à votre médecin.
Après le traitement : reprendre une alimentation normale
La récupération nutritionnelle commence dès la fin de la dernière séance, mais elle est progressive. Les muqueuses irritées mettent plusieurs semaines à cicatriser complètement.
Premières semaines : maintenir le régime adapté pendant que les effets secondaires régressent (mucite, diarrhée, nausées). Ne pas reprendre brutalement les aliments irritants.
1 à 3 mois après : réintroduire progressivement les fibres, les épices, les aliments crus, les boissons gazeuses selon la tolérance. Le goût revient peu à peu.
Reprise du poids : si vous avez perdu du poids pendant le traitement, ne pas chercher à le reprendre brutalement. Augmenter graduellement les portions et les apports protéinés. Une activité physique douce (marche) aide à reprendre du muscle plutôt que de la graisse.
Alimentation au long cours : privilégier une alimentation équilibrée méditerranéenne (fruits, légumes, poissons, huile d'olive, légumineuses, peu de viande rouge, peu de produits transformés). Cette alimentation est associée à un meilleur pronostic après cancer.
Activité physique : 30 minutes de marche par jour dès que possible. Aide à reprendre du muscle, à mieux dormir et à réduire le risque de récidive.
Surveillance du poids : peser une fois par mois après la fin du traitement. Toute perte ou prise importante mérite un avis médical.
Pour les patientes sous hormonothérapie après radiothérapie du sein, attention à la prise de poids fréquente sous traitement : limiter les sucres rapides, garder une activité physique régulière.
Le rôle du Dr Bentahila
Le Dr Rita Bentahila, oncologue médicale et radiothérapeute, accompagne chaque patient dans la dimension nutritionnelle du traitement : information préalable sur les besoins selon la zone traitée, surveillance régulière du poids et de l'état général, orientation vers une diététicienne si nécessaire, prescription de compléments nutritionnels oraux en cas de perte de poids, gestion des effets digestifs (nausées, modifications du goût, diarrhées). Formation : Sorbonne (Paris), Institut Curie, Institut Gustave Roussy, Institut Bergonié (Bordeaux), CHUV (Lausanne).
Questions fréquentes sur l'alimentation
Pourquoi l'alimentation est-elle si importante pendant la radiothérapie ?
Bien manger pendant la radiothérapie permet de maintenir un poids stable, de garder de l'énergie pour les déplacements et la vie quotidienne, et d'aider les tissus à cicatriser entre les séances. Une dénutrition (perte de poids non voulue) peut obliger à interrompre le traitement, ce qui en diminue l'efficacité. C'est pour cela qu'on surveille le poids à chaque consultation de suivi.
Comment éviter la perte de poids pendant la radiothérapie ?
Fractionner les repas (5 à 6 petites prises par jour plutôt que 3 gros repas), enrichir les plats avec des protéines (œufs, poisson, viande blanche, fromage, légumineuses), boire entre les repas plutôt que pendant, et garder à portée de main des collations énergétiques. Pesez-vous une fois par semaine : si vous perdez plus de 2 kg en quelques semaines, signalez-le à votre médecin.
Que manger si j'ai des nausées après les séances ?
Privilégier des aliments froids ou tièdes, peu odorants (riz, pâtes, pommes de terre, compote, yaourt, biscottes). Éviter les fritures, les plats épicés, les odeurs fortes de cuisine. Manger en petites quantités, lentement, dans un environnement calme. Si les nausées sont sévères, votre médecin peut prescrire un anti-nauséeux à prendre avant les séances.
Les aliments ont un goût bizarre, est-ce normal ?
Oui, les modifications du goût (parfois un goût métallique) sont fréquentes, surtout en radiothérapie ORL (gorge, bouche) ou avec une chimiothérapie associée. Solutions pratiques : rincer la bouche avant les repas avec de l'eau bicarbonatée, utiliser des couverts en plastique, varier les saveurs (citron, herbes fraîches, épices douces), tester des aliments à température ambiante. Le goût revient progressivement après la fin du traitement.
Quelle alimentation si je suis traitée pour un cancer ORL (gorge, bouche) ?
C'est la zone la plus délicate sur le plan nutritionnel. La mucite (inflammation des muqueuses) rend la mastication et la déglutition douloureuses. Privilégier les aliments mous ou mixés (purées, soupes enrichies, yaourts, flans, compotes), tièdes, peu acides et peu épicés. Boire à la paille peut aider. Un suivi avec une diététicienne dès le début est très utile. Une sonde d'alimentation peut être proposée si la perte de poids devient importante.
Quelle alimentation pour une radiothérapie pelvienne (prostate, utérus, rectum) ?
La radiothérapie du pelvis peut entraîner des diarrhées et des ballonnements en fin de traitement. Réduire temporairement les fibres irritantes (légumes crus, légumineuses, son, fruits avec peau), privilégier le riz blanc, les pâtes, les pommes de terre, le poisson cuit, la banane, la compote de pomme. Boire beaucoup pour compenser les pertes. Réintroduire les fibres progressivement après la fin de la radiothérapie.
Faut-il prendre des compléments alimentaires ou des vitamines ?
Pas systématiquement et pas sans avis médical. Certains compléments (notamment antioxydants à fortes doses) peuvent interférer avec l'efficacité de la radiothérapie. En revanche, si vous mangez peu, votre médecin peut prescrire des compléments nutritionnels oraux (boissons hyperprotéinées disponibles en pharmacie, remboursés par certaines mutuelles) pour combler les apports. Toujours en parler avant d'acheter quoi que ce soit en pharmacie.
Comment prendre rendez-vous avec le Dr Bentahila ?
Vous pouvez joindre le secrétariat au +212 6 94 15 31 90 ou écrire à ritabentahila@gmail.com. Les consultations ont lieu à l'Hôpital Universitaire International Cheikh Khalifa Ibn Zaid et à l'Hôpital Universitaire International Mohammed VI. Apportez votre dossier complet (compte-rendu d'anatomopathologie, imagerie, ordonnances en cours, courbe de poids si disponible).
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Consultation à Casablanca · Hôpital Cheikh Khalifa, Casablanca & Hôpital Mohammed VI, Bouskoura