Le cancer du nasopharynx (cavum) est une forme particulière de cancer ORL, fréquente en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Est. Il est étroitement lié au virus Epstein-Barr (EBV), à des facteurs environnementaux (alimentation salée fumée) et génétiques. Contrairement aux autres cancers ORL, la chirurgie n'a pas sa place ; le traitement repose sur la radio-chimiothérapie concomitante exclusive par IMRT, suivie d'une chimiothérapie adjuvante. Le pronostic est excellent au stade localisé (survie à 5 ans > 85 %).
Votre parcours pour un cancer du nasopharynx
Le traitement est exclusivement non-chirurgical. Le Dr Bentahila coordonne la radio-chimiothérapie de référence.
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Diagnostic
Nasofibroscopie, biopsie du cavum, recherche d'EBV par PCR plasmatique, IRM cavum/base du crâne.
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Bilan
TEP-FDG, IRM cervico-faciale et cérébrale, bilan dentaire, audiogramme, biologie ADN-EBV.
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Radio-chimiothérapie
IMRT en 33 séances + chimiothérapie concomitante, puis chimiothérapie adjuvante (PF ou GP).
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Suivi
Suivi clinique, IRM, dosage ADN-EBV plasmatique (marqueur précoce de récidive).
Particularités du cancer du cavum
- Localisation : nasopharynx, derrière les fosses nasales, au-dessus de l'oropharynx
- Histologie OMS : carcinome non-différencié (UCNT) le plus fréquent au Maroc
- EBV (virus Epstein-Barr) impliqué dans plus de 90 % des cas
- Marqueur tumoral : ADN-EBV plasmatique, utile pour le suivi et la détection précoce de récidive
- Drainage lymphatique riche et précoce : adénopathie cervicale révélatrice dans 75 % des cas
Facteurs de risque
- Virus EBV — facteur étiologique principal
- Origine géographique : Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), Asie du Sud-Est, Sud de la Chine
- Alimentation riche en poissons salés/fumés (nitrosamines)
- Facteurs génétiques (HLA spécifiques)
- Tabac (rôle modéré)
- Exposition au formaldéhyde, poussières de bois
Symptômes d'alerte
Le cancer du cavum se révèle souvent par une adénopathie cervicale. Signes évocateurs :
- Adénopathie cervicale haute, indolore, dure, fixée — signe révélateur dans 75 % des cas
- Obstruction nasale unilatérale persistante
- Épistaxis (saignement de nez) unilatérale répétée
- Hypoacousie ou sensation d'oreille bouchée (otite séreuse par obstruction de la trompe d'Eustache)
- Voix nasonnée, ronflement
- Diplopie, paralysie d'un nerf crânien (extension à la base du crâne)
- Céphalées (extension intracrânienne)
Bilan diagnostique
- Nasofibroscopie souple avec biopsie de la tumeur du cavum
- Histologie — UCNT (carcinome non-différencié) typique en Afrique du Nord
- Recherche d'EBV sur le tissu tumoral + ADN-EBV plasmatique — marqueur de référence
- IRM du cavum et de la base du crâne avec injection — examen de choix pour le bilan local
- Scanner thoraco-abdomino-pelvien
- TEP-FDG — bilan d'extension métastatique (os, foie, poumon)
- Bilan auditif, ophtalmologique, dentaire complet
Stratégie thérapeutique : radio-chimiothérapie exclusive
Le cancer du cavum est très radio- et chimiosensible. La chirurgie n'a pas sa place (sauf cas particuliers). Le traitement standard est :
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IMRT
En 33 séances sur 6,5 semaines. Couvre cavum, base du crâne, aires ganglionnaires bilatérales.
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Cisplatine concomitant
toutes les 3 semaines (3 cycles pendant la radiothérapie). Améliore la survie de 20 %.
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Chimio adjuvante
Protocole PF (chimiothérapie combinée) ou GP (chimiothérapie + chimiothérapie) — 3 cycles après la radio-chimiothérapie.
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Induction (stades avancés)
TPF (taxotère + chimiothérapie combinée) avant radio-chimiothérapie pour les stades volumineux N3.
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Immunothérapie
Camrélizumab, toripalimab, immunothérapie en récidive ou métastatique.
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Soins de support
Soins dentaires, audiologique, ophtalmologique, hormonal (axe hypophysaire), nutritionnel.
Suivi par l'ADN-EBV plasmatique : un outil unique
Le cancer du cavum bénéficie d'un marqueur tumoral spécifique : l'ADN du virus EBV dans le plasma sanguin.
- Avant traitement : le taux d'ADN-EBV est corrélé à la masse tumorale et au pronostic
- Pendant et après traitement : la décroissance puis la disparition de l'ADN-EBV signe la bonne réponse
- Au suivi : la réapparition de l'ADN-EBV plasmatique précède de plusieurs mois la rechute clinique ou radiologique, permettant un traitement précoce
- Examen simple (prise de sang), peu coûteux, à pratiquer tous les 3 à 6 mois
Radiothérapie IMRT — défis spécifiques du cavum
- Volume cible complexe : cavum + base du crâne + aires ganglionnaires bilatérales prophylactique)
- Organes critiques proches : chiasma optique, tronc cérébral, oreille interne, hypophyse, glandes salivaires
- Doses limites : tronc cérébral <, chiasma <, cochlée <, lobes temporaux <
- IGRT quotidienne indispensable pour précision millimétrique
Questions fréquentes — cancer du nasopharynx
Pourquoi le cancer du cavum est-il fréquent au Maroc ?
Le Maroc fait partie des zones de forte endémie du cancer du cavum (avec la Chine du Sud, le Vietnam, l'Algérie, la Tunisie). La combinaison de l'infection par le virus EBV, de facteurs alimentaires (poissons salés/fumés) et de facteurs génétiques (HLA) explique cette répartition particulière.
Le cavum se guérit-il ?
Oui, dans la majorité des cas localisés. La survie à 5 ans dépasse 85 % pour les stades I-II et atteint 65–75 % pour les stades III-IV avec le traitement de référence par radio-chimiothérapie. La détection précoce et le suivi par ADN-EBV améliorent encore le pronostic.
Y aura-t-il des séquelles à long terme ?
L'IMRT moderne a considérablement réduit les séquelles (xérostomie, hypoacousie, hypothyroïdie, hypophysite). Un suivi endocrinologique, ORL et dentaire à vie est nécessaire pour dépister et traiter ces effets tardifs.